De l\'exclusion

De l\'exclusion

Quelle démocratie...

La démocratie ? Ou les ...



« Surtout, souviens-toi que l'homme qui sollicite tes suffrages est, de ce fait, un malhonnête homme, parce qu'en échange de la situation et de la fortune où tu le pousses, il te promet un tas de choses merveilleuses qu'il ne te donnera pas et qu'il n'est pas d'ailleurs, en son pouvoir de te donner. L'homme que tu élèves ne représente ni ta misère, ni tes aspirations, ni rien de toi ; il ne représente que ses propres passions et ses propres intérêts, lesquels sont contraires aux tiens. Pour te réconforter et ranimer des espérances qui seraient vite déçues, ne va pas t'imaginer que le spectacle navrant auquel tu assistes aujourd'hui est particulier à une époque ou à un régime, et que cela passera.
Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c'est-à-dire qu'ils ne valent rien. »
Octave Mirbeau



Article 21
  1. 1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.
  2. 2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.
  3. 3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote.
  4. O.N.U - DUDH 1948



Qu'entendons-nous par démocratie?

Il est admis par beaucoup que la démocratie est un mode d'organisation d'un espace nommé : polis - c'est à dire la chose publique et commune, l'intérêt général - où l'arbitrage, la décision est réalisé par un ensemble dénommé le peuple au moyen du vote. On y dit que le peuple est souverain.

Donc logiquement : qu'est-ce que ce peuple qui vote?

De quoi et comment est-il composé?

Est-ce une question de couleur, de lieu d'origine, d'intelligence, de moyens financiers?

D'ors et déjà, notons que nous sommes confronté à un certain nombre d'idéologies qui discriminent les êtres humains en catégories. Que les termes ont un contenu en lien avec la représentation que nous avons de nous même, de notre identité, avec ce que nous croyons et affirmons être.

Le peuple: est-ce la nation, c'est à dire cette partie de la population qui dispose d'une "légitimité" que l'on appelle la nationalité, octroyée par l'État, du fait d'une généalogie dont on est nullement responsable ou du fait que l'on est né sur le territoire de cet État ou à une adhésion, à un acte d'allégeance à celui-ci après mise à l'épreuve lorsque l'on est naturalisé?

Peut-être, devrions nous aussi explorer ce mot et ses déclinaisons... La naturalisation, en ce qu'elle induit de renoncements, ne dénature-t-elle pas l'être qui s'y soumet?

Le peuple : est-ce toutes les personnes qui partagent un même territoire, c'est à dire l'ensemble de la population, et qui participent par ses échanges et son travail à l'activité économique commune? Difficile d'apporter une réponse universelle tant cette notion au contenu variable, est interprétée à partir du cadre culturel.

Mais, si l'on ne la clarifie pas, comment pouvons-nous appréhender la démocratie?

C'est peut-être d'ailleurs par cela que commence toute la supercherie ou l'illusion du discours démocratique actuel, parce que si l'on déclare que: « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits », la réalité fait la démonstration que: pour ce qui est du droit de vote, tous les hommes qui coexistent dans une même unité monde ne disposent pas des mêmes droits.

Le développement du nationalisme, et de son corollaire une certaine xénophobie communautariste, a produit la situation actuelle du monde. Une situation où les grandes déclarations ne parviennent pas à masquer la ségrégation sociale qui fonde la prétentieuse suprématie du monde occidental.

N'y a t-il pas plus divisant que cette notion de peuple? Traditionnellement cette notion d'appartenance au peuple repose sur le lignage (droit du sang, la famille), sur une communauté de langue, de croyances, et sur le droit du sol (fait d'être né sur le territoire).

A l'heure de la mondialisation, des espaces multi-culturels ou transculturels, certaines notions ne sont-elles pas pour le moins surannées. Aussi ne devrait-on pas plus tendre à avoir la notion d'humanité, et dès lors que celui qui vit au milieu de nous est concerné par les décisions économiques et sociales qui sont prises, ne devrait-il pas avoir son mot à dire?

Mais cela mettrait en cause nos ségrégations, mettrait en cause aussi l'idéologie de notre supériorité culturelle, économique et sociétale, et pourrait nous conduire à un véritable universalisme.

Autre point noir de la démocratie actuelle, avant toute autre chose on vote pour des « représentants » qui rédigent des lois, des décrets, décident des organisations du travail, des impôts, des taxes, enfin qui gèrent des tas de choses quotidiennes comme notre urbanisme, et cela sans nous demander notre avis. Certes, ils ont été élu avec un programme et sur beaucoup de promesses.

Mais, à bien y regarder qu'appliquent-ils réellement?

Comment, celui dont le revenu est dix, vingt ou cent fois supérieur, le mieux protégé, le plus nantis, peut-il représenter le moins nantis et le plus faible?

Comment ce « minoritaire » peut-il être un porte parole de la majorité, sans que cela repose sur une supercherie, un leurre ou un aveuglement doctrinal? Ses intérêts propres et profonds sont-ils réellement les même que celui qui ne possède rien et dont la principale préoccupation est de suffire à l'immédiat?

Nous disons supercherie, leurre ou aveuglement doctrinal, parce que : Comment dans une société où la compétition, la rivalité, la hiérarchisation est la règle sous-jacente à l'accession à un statut social et aux revenus qui en découlent, les idées d'égalité et de démocratie peuvent-elles très concrètement se matérialiser.

Les besoins de conservations, de survie, de développement d'un patrimoine matériel, les aspirations à la génération au sens de descendance, ne sont manifestement pas de nature identique.

Sur ce point, combien réfléchissent sur l'avenir qu'ils dessinent à leur descendance? Combien ont conscience de ce paradoxe qu'est le fait de vouloir le meilleur pour leurs enfants et, dans le même temps, le fait d'être soumis à cette organisation sociale qu'est le système de l'économie de marché libéral. Cette économie productiviste qui détruit leur capacité à l'autonomie, tout en mettant de plus en plus en péril les conditions de survie de l'espèce humaine.

Est-il besoin de parler du nucléaire, de l'agriculture intensive, de l'industrialisation, du réchauffement climatique, de...

De toutes ces choses qui sont décidés par quelques uns et aux quelles nous sommes contraint de nous soumettre.

L'être humain en s'aliénant dans la propriété, dans l'acquisition d'un statut social, en oublie bien souvent qu'en dehors de convictions métaphysiques ou religieuses, comme tous les autres êtres humains: il n'a pas demandé à naitre. En conséquence, il subit une situation qui s'impose à lui dès sa naissance. Où qu'il soit, quel que soit sa place dans l'ensemble social : Il doit vivre et mourir.

Là, nous devrions être en mesure de réaliser combien ce qui fonde l'organisation sociale est primordiale. Là nous devrions pouvoir voir l'écart qu'il y a entre le profit égoïste et la considération de l'intérêt de tous. Mais penser et parler de cela semble être un tabou suprême, il ne faut pas s'attaquer aux différents systèmes, aux différentes constructions psychosociales qui permettent l'exploitation de l'être humain.

Transposée dans les organisations politiques ou syndicales , qui par nature sont non ouvertes à qui n'en est pas adhérent, quelles qu'elles soient, la notion de démocratie trouve déjà une première limite.

Faire vivre la démocratie dans ces organisations est très probablement une gageure. Non qu'elle soit impossible à atteindre, mais sa réalisation demande une rigueur, dans la mise en œuvre de ses fondements, qui ne souffrent aucune approximation.

Pour bien en comprendre la raison, posons-nous cette question : Quels sont les pré-requis à la mise en œuvre de la démocratie ?

Pour répondre à cette question de façon simple, il nous faut comprendre que: en dehors de la question de qui en bénéficie, la démocratie met en œuvre un ensemble de processus dont la conjonction, la confluence permet la prise de décision par ceux qui ont droit de vote.

Qu'est-ce que le vote? Dans l'idéal, c'est l'expression d'une opinion, d'un avis éclairé, d'une conviction forgée par un accès à des informations, des connaissances, des idées.

Ici on doit s'interroger sur la production de l'information et des connaissances. Qui est producteur, comment cette production est rendue valide, etc.

Revenons un peu sur la question du vote. Il y a ceux qui sont autorisés à voter, ceux qui ne le sont pas. Dans la catégorie des votants, il y a ceux qui utilisent ce droit et ceux qui ne l'utilisent pas.

Est-ce que le fait de ne pas voter alors qu'on en a la possibilité, constitue l'expression d'un avis et d'une opinion?

Et dès lors que sur un nombre d'ayant droit, une majorité s'abstient et ne vote pas, que représente cette majorité dans le système démocratique.

Prenons en exemple les élections présidentielles de 2007 en France.

Le nombre d'inscrits, et donc de personnes ayant un droit de vote au 2em tour, est de 44 472 733. Celui qui a été déclaré élu n'a obtenu que 18 983 138 voix, soit 42,69 % de l'ensemble des électeurs. Par quel tour de passe passe peut-on dire qu'il a été élu par la majorité des français et donc qu'il est le représentant de tous.

Quand on pose cette question, il est presque toujours rétorqué que ceux qui n'ont pas voté, auraient du le faire et il n'aurait pas été élu.

A notre avis cette réponse est un peu courte et détourne la question, il aurait du obtenir un score d'au moins 50,01 % des inscrits pour que l'affirmation soit exacte.

Autre exemple d'actualité


//fr.wikipedia.org/wiki/Élections_régionales_françaises_de_2010

 

Arithmétique de base: 48,79 + 4,54 = 53,33 % d'électeurs... qui n'ont pas fait de choix sur les candidats.


Et le premier tour est encore plus édifiant..

 

Quand plus de 50% des inscrits ne votent pas ou quand le résultat additionné des non votants et des bulletins blancs ou nuls dépasse ces fameux 50%, la logique voudrait que le vote ne soit pas valide. Cela, que ce vote porte sur des représentants, sur la modification d'une loi ou n'importe quoi d'autre.

Si tel n'est pas le cas, il y a lieu de se demander si le régime politique en vigueur est encore véritablement démocratique2, puisque la majorité de ceux qui composent la société ne sont pas pris en considération.

Il est vrai aussi que les électeurs n'ont que l'embarras du choix, c'est soit peste, soit choléra, soit typhus... et que la démocratie serait choisir les modalités de la tyrannie.

On peut aussi se poser la question de savoir si une telle situation pourrait perdurer, si la population ou le peuple n'était pas conditionné à s'y soumettre et n'était captif de ceux qui en profitent.

Si dans un fol espoir chacun ne s'enfermait pas dans la croyance que ce système est le meilleur et qu'il ne doit pas être mis en cause sous peine de conduire au chaos, à la guerre civile ou à une certaine image de l'anarchie.

Image que les puissants, les possédants et les privilégiés du système alimentent par peur de devoir partager ou de perdre leur statut. Là nous pouvons observer le rôle que joue la valeur que nous accordons à nos possessions ainsi que les stratégies qui sont utilisées pour les conserver.

Ceci fait nous amène à une autre question : le soucis de la chose commune, qui est par essence l'objet politique (la polis), ce soucis, est-il le domaine exclusif de « l'homo-politicus » issu des grandes écoles et qui forme l' « élite » ou bien est-il le domaine de chacun.

Est-on homme politique avant d'être un être humain et un citoyen? Cette question est très important dans un système qui dit se reposer sur les principes de Liberté, d’Égalité et de Fraternité, et qui de surcroit s'affirme être démocratique.

La chose publique, la chose commune et collective, cet espace politique, qui est au fondement de tous faire ensemble et de tous être ensemble, est-il dans une démocratie l'apanage d'une élite? Comment se forme-t-on à la responsabilité politique et sociale? Cette formation ne doit-elle pas être au coeur même de la formation de tous les membres d'une démocratie et donc de toute la population?

Ces dernières questions nous conduisent à une autre élément préalable de la démocratie et de sa formation: le débat.

Celui-ci devrait permettre la confrontation et la recherche des convergences de points de vue. Il devrait permettre de se clarifier mutuellement les différences de points de vue ou d'approches, et de se négocier à minima des espaces communs.

Là, nous voyons que le débat est un fondement incontournable.

Ce débat peut-il être permanent? Il est courant d'entendre dire qu'il faut savoir clore le débat, mais cela est-il possible? En fait, le débat devrait être permanent puisque les individus sont impermanences, puisque d'une génération à l'autre les points de vue se requestionnent sans cesse. Si ce n'est pas le cas c'est que le dogmatique a pris le pas sur la démocratie.

Certains soutiennent et nous disent qu'il faut savoir passer à autre chose. Comment doit-on comprendre cette injonction? Ne serait-ce pas là un aveu d'abandon, l'aveu qu'on est soi même dans une impasse ou qu'il nous en coute trop cher de faire évoluer notre point de vue?

Nous remarquons que cette sollicitation de passer à autre chose, se trouve très souvent associée à l'acceptation, voir à une exigence de soumission, au point de vue dominant, et dans tous les cas à un statut quo. Statut-quo qui tôt ou tard s'effondrera, puisque les points de vue n'ayant pas trouvé de terrain de compréhension réciproque, s'affrontent de façon sous-jacente.

Aussi, comment est construit ce débat? Il nous semble qu'il y a une nécessaire information, tout comme est nécessaire l'accès aux savoirs qui permettent de se forger une conviction, et donc la diversification de ses sources.

Et là, se reposent les questions de : comment est produite l'information et la divulgation des savoirs? Par qui?


 

***********

2 Nous constatons que nombre de voix tentent de s'élever contre un certain monarchisme actuel et le gouvernement par ordonnances qui s'exerce depuis quelques décennies. Dans le même temps, personne ne s'attaque sérieusement à la question de l'abstentionnisme électoral et à la légitimité du système.



07/09/2010
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