De l'exclusion

De l'exclusion

Article Participatif au livret du Dvd : Article 23...

Article 23 – Un film sur notre humanité...

Le film : Bien que tourné en 8 jours 1/2, Jean Pierre Delépine brosse parfaitement l'ensemble des aspects d'une certaine maltraitance. Et nous pouvons voir l'aspect pyramidal de mécanismes de pouvoir et différents degrés d'assujettissement de l'individu. On y voit bien les effets en cascades d'un système qui repose sur le gain rapide, la peur de la précarité, du manque d'argent, de l'exclusion sociale par perte de son statut. On y voit bien aussi le poids des responsabilités diverses qui pèsent sur les épaules et l'équilibre psychique de chacun. Poids qui conduit l'ensemble des acteurs de la société à une forme de soumission fataliste.
Chacun s'enfermant, s'aliénant dans une norme sociétale égoïste en s'évertuant à se couvrir de boucliers, à la résistance relative, afin de survivre tant bien que mal.

Chacun s'efforçant, en occultant ses traumatismes, de gérer une situation dont plus personne n'a semble-t-il le contrôle effectif.

Ainsi à l’œil cru et sans concession de la caméra se présente : le patron et son commanditaire/client, le chef, le sous-chef, les employés (ordinaires, syndicalistes et représentants/ commerciaux), le stagiaire, la maîtresse / amante, la famille avec les enfants et différents niveaux d'amis.

Le tout prenant une part, qui n'est jamais relative, au dilemme que pose une aspiration individuelle à un bien vivre promis. Bien vivre qui se trouve laissé en suspend ou soumis aux impératifs d'un système où il n'y a que deux alternatives pour être atteint: broyer ou être broyer,

Nous voyons aussi des tentatives de résistances, qui sont autant de renoncement aux illusions ( statut et argent ) mises en place par le système, dont dispose l'être qui veut rester humain, face à une machine immatérielle.

Si nous affirmons l'immatérialité de cette machine infernale, c'est bien parce qu'elle ne repose en fait que sur un système religieux- en tant que ce qui relie- avec ses dogmes et rituels. Sur un système qui exige que chacun croit au pouvoir de celui-ci de rendre heureux et d'apporter le bonheur à qui y adhère, l'anime et le fait vivre, en un mot à qui lui consacre sa vie. Ceci au prix du renoncement à toute considération de sa propre dimension humaine, au renoncement à sa propre altérité.

Cette machine, qui conduit à l'autophagie, s'alimente de la déshumanisation par l'aliénation du sujet. Aliénation qui n'est rien d'autre que la rupture de ces liens fondamentaux constructeurs de l'estime de soi, et dont le premier effet est sans contestation possible notre capacité à être et à faire ensemble.

Aliénation trop souvent inductrice aussi de l'irrémédiable acte qu'est la recherche de l'extraction d'une souffrance essentiellement psychique par la suppression de sa propre existence.

L'infernale machine de la concurrence, de la performance, de la compétitivité ne trouve-elle pas son soutien dans une plus ou moins grande soumission de chacun à un système qui s'est mis en place sur fond de justification économique ?

Logique dirions nous, dès lors que le sujet devient l'objet de la convoitise et de la réussite de l'autre...

Dans les faits, la crise économique et financière n'est pas une nouveauté, et nous pouvons certainement dire, sans abuser, qu'elle est une crise permanente de la gestion des moyens dont nous disposons et que nous voulons mettre en commun pour être et faire ensemble.

A chaque période, chaque époque, chaque génération, cette crise est présentée et décrite comme nouvelle, comme émergente d'un nouveau secteur marchand, d'une nouvelle bulle économique ou financière ou d'une nouvelle situation géopolitique.

Pourtant, il suffirait de faire appel à notre mémoire pour voir clairement qu'elle a toujours des précédant, une antériorité et que c'est bien dans l'insuffisance des mesures prises, des moyens mis en oeuvre alors, dans une perception à court-terme de l'immédiat, que se trouve les racines de la situation d'aujourd'hui.

Deux points inscris en filigrane de cette oeuvre nous semblent important pour résoudre la situation actuelle.

Dans cette société, pris au piège d'une marchandisation sans contrôle, et confrontés à leur fragilité, bon nombre de personnes sont dans une recherche de protection, dans une recherche de moyens pour ne pas subir les effets destructeurs du système. Elles demandent au système une protection et une humanité qu'il n'est pas en mesure de fournir. Ce faisant, elles passent peut-être bien à coté d'une remise en cause véritable de celui-ci. Mais il faut bien reconnaître qu'il a développé quelques habilités à culpabiliser le récalcitrant qui oserait s'opposer à son diktat, en lui faisant sentir de multiples façons sa vulnérabilité... .

Pour naturel qu'elle soit, cette demande d'une protection n'a pas la même portée ou conséquence que celle qui consisterait à intervenir pour que le système, l'organisation soit effectivement et en profondeur transformée... Car cette transformation implique que participant volontairement ou non à son existence, nous soyons près à changer nous même dans nos modes relationnels...

Avant la mise en œuvre de systèmes d'organisation de l'activité humaine, il y a un autre point que nous devrions considérer, si nous aspirons à une durabilité de ceux-ci et au mieux être de nos descendants.

Il s'agit de prendre en considération que nous sommes inscrits, en tant qu'être vivant, dans une durée plus ou moins courte, et que la conséquence directe de ce fait, est que toute organisation se transforme et n'est jamais statique. Elle subit l'orientation du corps social, des individus qui la composent, s'y soumettent ou en prennent le contrôle.

Ainsi entre le moment de son adoption (1948) par les nations et aujourd'hui, nous pouvons constater les différences de lectures qui sont faites, mais aussi différences de volonté de mise en oeuvre réelle, de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, d'où est extrait l'Article 23.

Par son titre et son thème, ce film nous conduit à lire ou relire de cette Déclaration Universelle des Droits de l'Homme 1948 dans son intégralité.

Il pourrait aussi nous conduire à nous interroger sur la validité de l'engagement, à la mettre en oeuvre sur son propre territoire, pris par la classe politique au nom du peuple, en faisant évoluer nos lois pour ceci.

Peut-être pourrait-elle aussi devenir ou redevenir la base d'un formidable projet de société durable et politique, à réaliser pour nous même et ceux qui nous succéderons.

Parce que pouvons-nous oublier la tragédie qui lui donna naissance ?

Pouvons-nous oublier cette doctrine de l'élite, qui conduisit à l'industrialisation de la mort que fut le nazisme, qui plonge ses racines dans une idéologie où l'humain n'est qu'une pièce d'une machine, d'un système mis au service d'un petit nombre ?

Il semblerait bien qu'aveuglé par une propagande très étudiée, nous soyons en passe de reproduire le schéma, car les principes si bien décrit dans l'oeuvre Propaganda d'Edward Bernay, qui n'était rien de moins que le neveu de Sigmond Freud, sont toujours utilisés pour conduire les affaires.

Et nous voyons nombre de petits « Eichman » justifier leur adhésion à la des-humanisation de la société par cette pathétique réplique : « nous ne faisons qu'obéir aux ordres du système » et fouler du pied les droits fondamentaux dont paradoxalement chacun se réclame...

Eric Mabille. Réconcilier fragilité avec efficience.



07/11/2013
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