De l'exclusion

De l'exclusion

Dramatique récurrence

S'il est bien un événement qui, nous semble-t-il, devrait troubler, plus que tout autre l'esprit de chacun, c'est bien la mort que se donne "volontairement" le personnel hospitalier.

Comment est-il possible de parvenir à cet acte ou à sa tentative, alors que l'engagement dans cette activité est précisément éminemment préservateur de la vie. Et cela que l'on soit dans une fonction médicale, para médicale, administrative ou ouvrière, car aucune des catégories professionnelles se trouve épargnée par le phénomène.

Comment se met en place et d'où provient ce sentiment d'altération narcissique, cette perte de sa propre valeur, que vit la personne qui se retire du vivant ?

Quelle puissance ou quelle force se trouve être au coeur de ce fait têtu et manifestement récurant?

Car, sans aller jusqu'à faire une énumération macabre des suicides du personnel hospitalier ou de soin public ou privé, ce qui serait probablement très difficile à faire en raison de l'omerta ou de l'auto-censure qui s'exerce, il nous faut bien reconnaitre que le fait n'est pas si exceptionnel qu'on aimerait à le croire.

Les faits divers (1) (2) que relayent les médias, aidés en cela par différents acteurs, ne se font-ils pas l'écho régulier de ceux-ci ?

Dans des mouvements d'auto-protection multiples et bien compréhensible, certains diront que les cas directement en liens avec l'activité sont très rares, d'autre invoqueront une cause pathologique ou décentreront le débat sur un certain mécanicisme biologique, d'autres stupéfiés par la violence de l'acte ne pourront en faire l'analyse et l'inscriront dans une forme d'oubli en isolant le fait, d'autres encore feront des procès et mèneront l'accusation, bien souvent de façon stérile, car alimentés de dualisme ils ne sauront dépasser une logique binaire qui cherche la tête à couper selon la force de leurs préjugés.

Pourtant à celui qui ayant une certaine conscience des liens qui se tissent entre les êtres, des « responsabilités » partagées de par ses propres actes, ses propres engagements, la question se fait insistante.

Ne faut-il pas qu'un certain sentiment d'être exclu est pris forme et se soit manifesté dans l'esprit de celui-ci qui passe à l'acte, pour que cet acte se puisse être réalisable ? Et cela que l'on soit hospitalier ou non, ou peut être à fortiori lorsque l'on exerce dans ce monde du soin à autrui .

La question de la prévention du risque, si chère aux différents protagonistes de l'organisation du travail et de la compétitivité, ne se trouve-t-elle pas être interrogée ?

Et par là, la réalité des moyens mis en oeuvre, des mesures prises concrètement pour que celle-ci soit, dans cette société de l'efficience et de l'obligation de résultat, pérenne.

 

Ici, nous mesurons la réalité du conflit qui existe entre les raisons d'une économie sans cesse déclarée déficiente et de grands principes de solidarité énoncés. Là, nous mesurons l'étendue de l'effort qui devrait être consenti par tous, pour que se mette en oeuvre un réel partage des richesses, car le principal argument qui se trouve être présenté, à l'échec de la prévention, est un manque de moyens financiers corrélé à un manque de temps effectifs.

 

D'audits en enquêtes internes ou « indépendantes », les constats sont très souvent similaires : se seraient nos organisations qui posent des problèmes.

Alors, en premier, ne conviendrait-il pas de s'interroger sur quelles organisations ?

Ne conviendrait-il pas d'en faire une sorte d'inventaire et de mesurer comment elles s'imbriquent et se génèrent souvent mutuellement ?

 

Mais pour cela, nous devrions mettre sur la table de travail la première de toute : l'organisation de notre propre mode de pensée. Car, celle-ci n'est-elle pas réellement une organisation formatée et conditionnée ?

Serait-il inexacte de dire que de celle-ci est issue notre relation au respect de la vie et de toutes les formes de vie ?

Serait-il inexacte de dire : qu'à partir de celle-ci, si nous organisons effectivement les complémentarités, nous n'en organisons pas moins aussi des exclusions ; dont la conséquence ouvre la voie à cette altération narcissique par une sorte de destruction du lien à l'autre et à soi-même. Lien qui par ailleurs est reconnu comme étant indispensable à l'expression de la vie.

 

Et voilà que se trouve interrogé le sens du être ensemble, du faire ensemble, car ce n'est pas tant la question de la mort qui est inéluctable qui se pose, mais encore une fois le sens de ce que nous faisons ensemble et des circonstances de ces morts particulières...



27/01/2013
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