De l'exclusion

De l'exclusion

Du sectarisme

Du sectarisme



 

Parmi les processus participants à l'exclusion, nous devrions mettre en avant le sectarisme. Pas uniquement celui de l'autre, mais bien celui que nous portons en nous et que nous recouvrons de nos « bonnes intentions » à l'égard d'autrui.

Mais, comment est-il généré ? Quel est-il ? Et surtout pourrions-nous s'en prémunir ?

 

Il existe sous différentes formes et semble de diverses sortes. Bien souvent celles qui sont les plus remarquées masquent de plus subtiles, qui sont aussi les plus puissantes puisqu'elles sont pour ainsi dire invisible.

Fait intéressant, il semble bien que certaines formes ou sortes ne sont pas définies comme tels. Passées dans les usages et justifiées comme relevant d'une normalité sociale, certains de nos modes relationnels n'en sont pas moins porteurs.

Ainsi, les tendances à se considérer au dessus de la multitude participent à alimenter les exclusions par sectarisme. Ainsi certains aspects de l'élitisme en portent-ils les graines.

 

Nous pouvons observer cette réalité dans nombres d'organisations, pour ne pas dire toutes les organisations, qu'elles soient politiques ou syndicales, mais aussi dans certains mouvements qui n'ont, dans leurs apparences, rien à voir avec ces champs.

 

Prenons par exemple les mouvements féministes.

Là nous allons surement, nous attirer les foudres d'un grand nombre de partisans, mais qu'importe.. Ils affirment défendre les femmes et leurs droits ! Soit...

Pourtant dans certains discours, ne doit-on pas noter qu'ils n'hésitent pas à traiter leurs congénères qui n'optent pas pour leur théorie, et principalement ces femmes qui se veulent autres, comme des inconscientes, des immatures ?

Tel est ce que nous donne à voir, entre autres, « l'affaire » du voile et du niquab.

 

Se pose ici une question qui nous semble essentielle :

  • Quelle « valeur » à la parole d'autrui, dès lors que celle-ci ne va pas dans le sens de la notre ?

Car nous avons entendu un certain nombre de femme affirmer porter le voile volontairement et sans contrainte.

Leur refuser le crédit d'un choix librement assumé et y calquer son propre schéma de pensée en disqualifiant leur affirmation par des présupposés de non conscience, de manque d'information, de culture ou de tous autres arguments, est une attitude qu'il nous ait souvent permis de constater.

Cette attitude ne couvre-t-elle pas une forme d'élitisme, une forme de sectarisme ?

Qu'est-ce qui se joue dans ce féminisme ?

Ne pourrait-on pas voir qu'il ne s'agit au premier chef que de chercher à s'inscrire dans une communauté et de la faire croitre pour se préserver ?

 

A ce stade de notre propos, rappelons au lecteur que nous n'apportons aucun soutien à des comportements qui portent atteinte à la dignité humaine.

Cependant pour être noble sur certains points, le féminisme n'en comporte pas moins des cotés moins reluisant qui sont souvent le résultat de peurs qu'on se refuse d'analyser, dans une forme d'auto-censure rassurante puisqu'elle est sensé être protectrice.

 

Ainsi, se pourrait-il que cette femme portant un voile et qui se vit pleinement en tant que femme dans sa propre culture, ne soit plus qu'un objet que parce qu'une autre femme qui n'en porte pas ou une personne d'une autre culture le déclare ainsi ?

 

Le fait de « transformer » l'autre en objet par le jugement que nous portons dessus n'est pas un phénomène si rare que cela et n'est en rien une exclusivité d'un camp ou d'un autre.

C'est dirons-nous un fait résultant de ce que nous qualifierions comme étant une profonde méconnaissance ou incompréhension de notre nature et de toute la richesse provenant de nos différences. Méconnaissance dont témoigne une certaine volonté à la supériorité et la culture d'une compétition absurde où les rivalités s'exacerbent au détriment d'un vivre, d'un être ensemble serein...

 

Pour revenir sur notre sujet, le sectarisme, ou du moins ces germes, se tapit dans bon nombre de bonnes intentions. D'ailleurs, ce ne sont que très rarement les tenants d'une secte qui se déclarent sectaires, mais bien ceux qui n'ont pas accès, pour de multiples raisons, à sa communauté. Bien souvent, ceux qui se sentent menacés n'hésitent pas à la mettre à l'index, l'exclure et au final la combattre en la déclarant au ban de leur ensemble sociétal.

 

Prenons le champ syndical, que nous connaissons bien.

Dans ce domaine, les officines se font une véritable guerre et il n'est pas exceptionnel de voir que les plus zélés, dans ce domaine, sont fréquemment des transfuges que nous pourrions aussi appeler « converts » en référence à ces juifs marranes qui bien que convertis (de force, c'est à dire sous peine de bucher) au catholicisme avaient conservés dans le secret leur tradition judaïque.

La comparaison s’arrêtera là d'ailleurs, car les zélateurs qui nous occupent ne sont de fait en rien contraints à changer de boutique. Ils le font de leur plein gré, même si dans certains cas, ils subissent une pression plus ou moins directe et violente de la part des gardiens de la doxa.

 

Dans les structures qui sont établies dans une longue tradition et histoire, il existe des processus d'assimilations qui ont pour fonction de « décontaminer » les transfuges. Ces processus y parviennent assez bien en renforçant les sentiments d'appartenance au groupe et en s'appuyant sur le sentiment d'être dans membre d'une sorte d'élite.

Mais dans les néo-organisations qui n'ont pas encore sédimentées leurs pratiques d'assimilation, c'est bien souvent une question de rapport de force interne reposant pour l'essentiel sur l'instrumentalisation de mécanismes « démocratiques » qui sont en œuvre en leur sein, ou encore quand il y a une vacance conceptuelle ou que le corpus idéologique se trouve amoindri par renouvellement des cadres.

Renouvellement qui ne manque pas d'arriver lorsque les anciens disparaissent ou que considérant avoir fait leur part, ils se retirent et laissent une relève prendre les commandes en croyant que celle-ci s'inscrit dans l'organisation à l'identique d'eux.

 

C'est oublier un peu rapidement une réalité :

  • la formation et l'évolution d'un esprit s'opère en permanence en étroite relation avec le monde qui l'environne, leurs histoires singulières et la perception qu'il a de sa propre nécessité.

 

Cette relation avec le système qui forme et conforme ne serait-elle pas ce que pointait Stephen Biko (alias Steve Biko) lorsqu'il expliquait que ceux qui sont formés par et dans une société donnée ne peuvent pas faire autrement que de penser et d'agir comme cette société. En conséquence, ils sont soumis à ses logiques, à ses normes, à une idéologie sous-jacente qu'elle porte en elle et qui du fait qu'elle est perçue comme normalité, n'est jamais critiquée ou même discutée. Que pour pouvoir sortir de cet état, il fallait faire l'effort de s'en extraire en procédant à un examen de soi et en se réinventant en dehors.

Ceci, n'est pas sans produire « du désordre » et des frictions dont sont issus nombres de conflits. Conflits d'autant plus meurtriers que les protagonistes tiennent à fait valoir prioritairement le jugement qu'ils portent sur l'autre et donc sur eux même.

 

Ici, nous devrions percevoir combien sont relatifs les discours sur le droit à la différence et sur la tolérance, tant au sein de notre société que dans les différents groupuscules qui se disputent l'audience de la population dans les « arènes » démocratiques qui servent à la justification de leurs existences.

Pour poursuivre l'idée, nous ne sommes pas très éloigné du concept de déconstruction qui fut prôné par Jacques Derrida, entre autre.

Se déconstruire telle est le premier enjeu. Et la difficulté réside dans nos propres réflexes, nos propres habitudes et habitus. Ces réflexes qui sont construis comme autant de boucliers protecteurs de nos personnalités sociales et qui amoindrissent, sans pour autant les détruire, l'impact de ces angoisses, de ces peurs, bien souvent rendues occultes, qui nous rendre moutonniers. Au nombre de ces réflexes, nous trouvons le sectarisme dans toutes ses variantes et déclinaisons à commencer par le déni de différence. Cette attitude qui voudrait que l'autre ne peut être autrement que comme nous.

 

Question : Est-ce que le fait d'être persuadé d'avoir raison,

  • parce que nous avons quelques sciences et techniques,

  • parce que nous avons notre propre raisonnement sur les notions de bien et de mal,

  • parce que nous avons détruit nos traditions au nom de notre foi en notre progrès et en la supériorité de notre société,

 

Est-ce que ce fait, peut nous autoriser à considérer convenable de contraindre les autres peuples à adopter notre mode d'existence et nos concepts?

 

Il est évident que pour ceux qui ont été nourris à la pensée et au mode de vie du monde occidental moderniste, il y a une injustice flagrante à constater que la majorité, à laquelle ils appartiennent, ne profite pas pleinement des bienfaits qu'elle a été contrainte de produire.

 

Il est tout aussi évident que dans un monde qui se déclare "le monde des droits de l'homme", l'absence réelle d'une juste répartition des richesses et des ressources, cause première de misère et souffrances, est intolérable.

 

Tout comme, il est évident que les inégalités produites par l'humain de ce monde occidental moderniste sont autant d'injures à la dignité humaine et au premier chef à ceux qui en sont née, qui y sont soumis de gréé ou de force.

 

Si la mondialisation est un fait, elle est principalement le fait de tous ceux qui tiennent l'ensemble du paradigme occidental, et de sa civilisation, comme le meilleur de tous et qui pensent que c'est un modèle suffisamment parfait pour pouvoir être exporté et être adoptés par le reste de l'humanité... Fusses par des moyens contestables et détournés.

Ce tous inclus les bien-pensants qui dévaluent quotidiennement l'autre parce qu'il n'est pas comme eux, parce qu'il ne partage pas leurs croyances, parce qu'il ne vit pas selon la même culture.

 

Tiens, étrange... dans ce mot de culture, ne trouvons-nous pas la racine cult... comme dans le culte... c'est à dire la croyance qui unifie et relie les membres d'un même groupe social?

 

Peut-être faudrait-il que l'on commence réellement à faire appliquer, dans nos propres territoires, c'est à dire là où nous vivons, les principes que nous voulons imposer ailleurs. Mais cela demanderait que chacun prenne la mesure de sa participation au système et assume sa part de responsabilité, ici et maintenant, avant même de militer, volontairement ou non, pour une exportation de cette civilisation du progrès.

 

Peut-être qu'il nous faudrait même cesser de porter des jugements sur ces autres modes de vie qui nous sont étranger.

 

Si nous pouvons vraiment par nos sciences et nos techniques produire des richesses et bienfaits, peut-être aussi que nous devons envisager la possibilité d'en faire bénéficier ceux qui voudrait vivre parmi nous et non aller chez eux pour exploiter leur territoire et les contraindre à nous servir, en ne leur laissant que l'illusion de nos discours creux...

 

Mais nous sommes pour l'heure incapable de cela, et cette impuissance nous pousse à cette forme d'impérialisme que nous pratiquons avec une certaine aisance. Ainsi, faute de pouvoir faire et obtenir pour soi, nous nous occupons de l'autre qui, bien souvent et à l'origine, n'a rien demandé.

 

Nous jugeons sa vie, dans ses relations intimes, dans ses croyances et ses rites, qui d'ailleurs nous sont totalement étrangers et que nous ne comprenons pas, dans son économie, dans sa manière de gérer les richesses de son territoire, comme si tout cela nous appartenait de plein droit, et qu'il n'était rien d'autre qu'un sous-humain, un inconscient atteint de déficience ou dégénérescence mentale.

 

Certes, il y a des choses à faire, mais la première transformation à opérer, et non révolution, est celle que nous devons réaliser sur nous même, pour nous même et par nous même. Et ceci avant toutes autres choses, car ne doutons pas que cette transformation individuelle entrainera la transformation de tous les systèmes, de toutes les sociétés, car la transformation sociale commence par soi et en soi dans un authentique respect de l'enrichissante différence de l'autre.

 

Alors, par notre volonté, nous verrons se réduire l'exclusion et les différents sectarismes.

 

Et laissons la révolution à ceux qui aiment à tourner en rond, qui aiment l'incessant cycle des constructions, destructions, reconstructions, qui dans leur égocentrisme n'ont de considération que pour leur pouvoir à se fasciner eux même.

 

Abordons un peu la question de l'élitisme qui sous nombre de ses aspects est une forme de sectarisme. Cette croyance a tellement cours dans le monde, qu'elle fait également partie de ces attitudes qui ne sont jamais perçues comme sectaires que dès lors qu'elles sont identifiées chez l'autre.

Et oui, cet élitisme ne nous dérange pas tant que nous croyons en faire partie.

 

Peut-être, qu'il y a un élitisme qui pourrait avoir quelques qualités, mais pour l'essentiel, il nous est rarement donné d'observer ses effets réellement positifs.

 

Dans notre idée, si élite il y a, celle-ci ne devrait-elle pas avoir considération, respect, voir même n'ayons pas peur des mots... amour pour autrui ? Et principalement cet autrui qui lui est si différent, si étranger. Cet autrui qui dérange, interpelle nos habitudes de pensée, nos usages et dont l'existence nous rappelle que nous ne sommes pas seul, que la vie et l'humanité est multiforme.

 

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22/09/2011
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