De l'exclusion

De l'exclusion

Des élections...??

Des élections professionnelles

Fonction publique et Fonction Publique Hospitalière

d'octobre 2011

 

Considérations générales sur ces élections.

 

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Un des leitmotivs des officines syndicales, serait la recherche de l'unité des travailleurs et le syndicalisme de masse... Ainsi dans les appels aux différentes manifestations, entendons-nous le récurant « Tous ensemble... Tous ensemble... ».

 

Parfait.... Mais, alors que signifie donc cette rivalité qui oppose toutes les organisations lors des élections professionnelles ?

 

Et par suite, quelles en sont les conséquences ? Qui en tire concrètement un profit ?

 

Le 20 octobre dernier, l'ensemble des salariés de la Fonction Publique Hospitalière, a été appelé à renouveler les membres des Commissions Administratives Paritaires, des Comités Techniques d’Établissement, des CHSCT. Et donc voter pour des représentants, tous inscrits sur des listes syndicales. En suite, ils devront s'acquitté du devoir de votant pour la présidentielle de 2012...

 

Dans un contexte de restructuration et de réduction de ces instances, devant veiller et servir aux intérêts des salariés - de tous les salariés -, ne serait-il pas pertinent de s'interroger sur leurs opportunités, de faire un bilan concret de leur utilité?

 

Dans un contexte de réduction des fonctions publiques, qui toutes deviennent des entreprises marchandes proposant une service d'utilité publique répondant à des normes minimales établies par l'oligarchie politique (ou syndicale), ne serait-il pas l'heure de regarder en face la réalité des manques de démocratie du monde du travail ou son instrumentalisation par ces oligarchies à qui nous déléguons nos responsabilités et le pouvoir.

 

Dans un contexte où, par voie de médias, l'incantation à la responsabilité individuelle, au devoir citoyen nous est matraqué, signe que la démocratie est malade et que pour qu'elle puisse encore servir de justification à des actions contraires à l'intérêt véritablement général il suffirait, pour sa survie et dans l'esprit de tous ceux qui en vivent, de créer un sentiment de culpabilité chez les abstentionnistes ou chez ceux qui ont l'outrecuidance de vouloir débattre du fond.

 

Dans ce contexte, ne serait-il pas intéressant de regarder comment le système fonctionne concrètement et surtout pour qui il fonctionne le mieux...

 

Bien sur pour faire ce travail de remise à plat, il ne saurait être suffisant de se contenter du discours des organisations syndicales ou des partis politiques, qui pour l'essentiel vivent en s'accommodant assez bien de l'état social actuel, et qui nous mènent notablement en bateau.

 

L'observation nous montre qu'aucune n'a été en capacité de contrecarrer les restructurations marchandes dans la santé, dans l'éducation ou ailleurs. Aucune n'a pu ou su empêcher la réduction de la fonction publique1, l'augmentation de la pauvreté, de la pression sur les salariés, de la fracture sociale pour reprendre une expression des années 80.

 

A l'intérieur de celles-ci, la faute en est généreusement, et en premier lieu, attribuée à la population, aux travailleurs, aux salariés qui n'ont pas compris le message, que l'on n'aurait pas suffisamment matraqué de propagande éclairante et qui de fait ne se serait pas mobilisé. En second lieu, elles attribuent une autre part de l’échec à leur propre situation de division...

 

Dire que les personnels, la population salarié n'est pas assez mobilisée, c'est peut-être aller un peu vite en besogne...

 

Car, s'il est exact que les organisations peinent à faire l'union des travailleurs(euses), il est totalement faux de considérer qu'il n'y a pas de mobilisations des personnels. D'ailleurs le niveau ou taux de cette mobilisation ne serait-il pas précisément l’écueil sur lequel s'échouent les syndicats depuis plus de 150 ans?

 

Mobilisés, les salariés (es) le sont au plus haut point, parce qu'il leur faut faire face à chaque instant à l'adversité d'une réalité immédiate, que ne semble pas comprendre et partager les élus des différentes organisations. Mobilisés, ils le sont contre les difficultés qu'ils ont à résoudre. Tellement mobilisés et captifs, qu'ils ne peuvent pas, sans se mettre en danger et augmenter leurs craintes et souffrances psychiques, faire de projection sur un avenir indéfini qu'ils ne maitrisent pas puisqu'en fait ils ne décident de rien en ce qui les concerne.



En dehors des acteurs d'appareil, combien d’électeurs savent comment sont sélectionnés et cooptés les candidats potentiels ? Combien de candidats à l'élection savent la teneur des débats qui ont lieu dans ces enceintes closes que sont les instances des organisations, ainsi que les différents propos qui sont tenus à leur égard?

 

Il est certain que ceux qui se sont déjà construit une carrière, dans le monde « restreint » des élus, n'ont dans l'ensemble aucun désir d'en sortir. Ainsi, les places sont réservés et les institutionnels sont garanties de conserver leurs prérogatives, tant qu'ils soutiennent l'oligarchie et font actes d'allégeance au système qui les mets en place.

 

Nous parlons d'un monde « restreint » des élus, parce qu'en comparaison de la population (environ 63 000 000 d'habitants) et des électeurs (environ 45 000 000), et si l'on observe les différents cumuls de casquettes et/ ou de fonctions (députés, sénateurs, conseillers régionaux ou départementaux, élus européens, représentants syndicaux...), ce monde n'est peut-être pas aussi vaste (environ 500 000) qu'on semble le prétendre.

 

Si on considère qu'il y a pléthore d'élus, pouvons-nous regarder ce qu'ils décident, comment ils le décident, et surtout comment ils nous associent (ou ne nous associent pas) aux débats et à la réflexion qui précèdent leurs décisions.

 

En fait, le monde des élus est organisé, dirons-nous, en étages ou en cercles concentriques, et tous ne sont pas en fait doté de véritable pouvoir. Les cercles véritablement décisionnels, eux sont composés très souvent des mêmes personnes, et il ne suffit pas d'être élu pour avoir un droit de décision...

 

Pour avoir été un temps observateur et avoir assisté à certaines de ces discussions, nous pouvons en dire que les critères étudiés pour les candidatures sont prioritairement fondés dans :

  • des liens affectifs, des aprioris de sentiments et des stéréotypes révélant des idéologiques ségrégationnistes de différents niveaux,

  • l'évaluation des degrés de conformités à l'idéologie du groupe, de subordination, de malléabilité et d'audience des candidats potentiels,

et que la plus part du temps, c'est l'existence de l'organisation qui prévaut sur les intérêts réels des personnes qu'elle est sensée représenter.

 

Ce qui a pour résultat que les aptitudes d'analyse, d'intellectualité, de raisonnement, la vision ou compréhension globale, ainsi que les réelles compétences ne sont généralement évoquées que d'une façon utilitariste et a postériori.

 

L'objectif électoral principal de l'organisation syndicale (mais aussi politique) est de chercher à être présente dans le maximum de catégories pour obtenir, maintenir ou renforcer une audience avec, si possible, une substantielle augmentation de ses parts de marché, l'argent de la cotisation, outre la voix électorale, restant un des nerfs de la guerre.

 

Cette opération conduit à démarcher de potentiels candidats qui seront placés sur la liste en fonctions des places vacantes, c'est à dire une fois qu'auront été positionnés les officiels de l'organisation.

 

Cette démarche de séduction des candidats n'est pas sans similitude avec celle qu'ont les commerciaux, puisqu'elle consiste à présenter l'organisation dans un argumentaire où sont combinés de façon plus ou moins subtile, des arguments de culpabilisation qui vont de la critique de l'irresponsabilité ou inconscience du salarié à la flatterie, des affirmations de « principes » souvent dénommés valeurs, des stratégies de dénigrements des autres organisations, ainsi que la présentation de perspectives de situation ou carrière dont on n'explique jamais clairement en quoi elles consistent réellement, ni même bien souvent les contraintes.

 

L'objectif électoraliste explique aussi qu'il est réalisé, dans ce temps électoral particulier, une estimation approfondie des besoins de l'organisation, en matière de représentativité ou d'audience dans les différentes catégories professionnelles ou sociales.

 

Pour parler des organisations syndicales, dont nous avons une certaine expérience2, nous observons qu'aujourd'hui nombreux sont leurs « soldats » ou « missionnaires » qui sont venus au syndicalisme non en vertu de leurs convictions propres, mais parce qu'ils se sont retrouvé confronté à des problèmes professionnels ou sociaux auxquels ils cherchaient à échapper.

 

Problèmes avec la hiérarchie, problèmes de qualification, de compétences ou d'adaptation aux changements des pratiques, problèmes d'usure physique et/ ou psychique, et parfois même des pathologies de l'être. En bref, différentes difficultés qui font que la nécessité d'y échapper c'est traduite par une adhésion à une organisation, dans laquelle l'être en souffrance se trouve des alliés, des compères et des complices ; avec de surcroit l'accès au statut noble et gratifiant de « défenseur » de la juste cause, du bien, et donc en arrière plan, une certaine conviction d'être dans le camp des bons, des gentils, des progressistes oeuvrant à la transformation sociale ou pour le moins gardiens des libertés des autres pauvres travailleurs.

 

Attention, il faut bien s'entendre ! En marge de ces personnes, il y a aussi quelques individualités qui sont authentiquement héritières d'une histoire ouvrière ou d'une pensée démocratique étudiée, qui ont reçu et accepté l'héritage sans vouloir le changer. Des gens qui conscients de l'importance de ce qu'ils reçoivent des autres revendiquent la fierté d'être, ni plus ni moins, des humains sans hiérarchie, tout en étant redevable aux autres, sans pour autant être inféodé à un système idéologique quelconque.

 

Des personnes cherchant à s'affranchir des illusions, des dépendances ou assujettissements de tous sortes, et dont le principal soucis est de témoigner de la possibilités d'être libre ensemble, sans vouloir et se sentir obligés de diriger la conscience et les actes d'autrui.

 

L'ennui est que ces quelques personnes ne font guère le poids face à un système qui repose plus sur les croyances et les espoirs aveugles d'une majorité, fut-elle totalement ignorante, que sur une intelligence ou compréhension des multiples inter-actions que contient toute société. Face à un système qui fait la part belle à qui sait exploiter la complexité des rapports de pouvoir et de domination, dont un des premiers intérêts est de maintenir dans une ignorance le plus grand nombre, ou un obscurantisme facilitant les transferts de responsabilité, tout en justifiant les inégalités ou en les revêtant des oripeaux du juste, de la norme, ou du bon droit, elles font ce qu'elles peuvent à leur niveau...

 

Il est à remarquer qu'aujourd'hui la sophistication des outils de la statistique permettent de maquiller les résultats électoraux et de faire croire au plus grand nombre que ceux-ci sont l'exact reflet de l'expression des électeurs.

 

Si certes d'une manière générale il y a toujours eu dans l'histoire des systèmes de démocratie représentative des « arrangements » permettant de construire des majorités relatives, plus ou moins approximatives, par des jeux d'amalgame, pour l'heure nous constatons que le stade d'un compromis librement consenti est allègrement dépassé (sauf à considérer en règle le proverbe : « qui ne dit mot consent ») puisqu'une minorité s'affichent ouvertement en représentant légal et décide pour une majorité qui ne les a en fait jamais élus.

 

C'est ce que nous pouvons déduire des différentes élections depuis 2007, qui au nom de la démocratie ont vu le triomphe de la minorité.

 

Pour être concret dans le domaine de l'hôpital, regardons le discours des OS sur les groupements hospitaliers. Celui-ci se déclare majoritairement être un refus catégorique, une opposition absolue à tous regroupements, à toutes restructurations.

 

Pourtant, le fait d'avoir appelés les personnels à participer massivement à la compétition électorale organisée par ceux-la même qui mettent en œuvre ces fameux groupements hospitaliers (les directions), ne serait ce pas entériner et faire entériner par les personnels ce que ces mêmes organisations disent vouloir combattre ?

 

Pour faire cours, c'est le chat qui se mords la queue, elles veulent tirer leur légitimité, leur représentativité de l'existence de ce qu'elles affirment combattre, à savoir les groupes hospitaliers, en nous enjoignant, dans un discours littéralement schizoïde, à participer à leurs élections, tout en rejetant le système...



Tout ceci devrait conduire à s'interroger sur l’intérêt réel de ces élections.

 

Mais peut-être que cela est déjà fait, si l'on regarde la faible participation.

On ne peut que constater et laisser à chacun le soin de la déduction qui lui convient...

 

 

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Texte en format PDF

 


1  Notion qui est très différente de celle de service public, malgré l'amalgame qui en est fait.

2  Plus de 10 ans d'activité en relation et dans le système... sous différentes casquettes...



08/11/2011
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